vendredi 11 août 2017

L'oligarchie du mépris.


Toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme.
Albert CAMUS


Il est courant de qualifier « d'élite » ceux qui nous gouvernent et la poignée de courtisans thuriféraires qui tournent autour.

Le sens commun et les dictionnaires en donnent cette définition : au sein d'un groupe, l'élite est l'ensemble des individus considérés comme les meilleurs, les plus dignes d'être choisis, les plus remarquables par leur qualité.

Au cours de l'histoire, l'élite est liée à la recherche de la perfection esthétique, de l'exemplarité spirituelle (Grèce) ou citoyenne (Rome). A partir du XVIIème siècle, elle est composée des "honnêtes hommes" avant de céder la place aux élites "économiques" à partir du XIXème siècle.

Même si dans notre société contemporaine française, de nombreuses femmes et hommes en responsabilité méritent cet épithète, il est légitime de se demander si la définition du qualificatif d'élite peut être encore appliquée à une majorité de responsables politiques et de dirigeants. En effet, aujourd'hui, les risques judiciaires sont moins importants en devenant responsables politiques qu'en demeurant voyous.

De plus, nommer « élite » la minorité de « ceux d'en haut » oblige à désigner la majorité restante de la population et le florilège des qualificatifs pour nous nommer est garni, tous plus péjoratifs les uns que les autres : les gens de peu, la France d’en bas1, les p'tites gens2, les veaux3, les sans-dents4, les invisibles5, les gens qui ne sont rien6.

Cette liste, qui n'est pas exhaustive, montre la profondeur du mépris pour le reste du « peuple » de cette communauté qui s'auto-proclame élite7.

Le mépris est l'arme privilégié de cette caste qui croit détenir la vérité en tout et qui, sûre de sa supériorité, pense que les autres sont des crétins. Les élites véritables sont modestes et ne cherchent pas les honneurs. L'élitisme est une plaie sociale.

Il y a bien deux France, d'une part, celle qui ne compte pas et achète tout ce dont elle a envie, qui veut que cette société hiérarchisée persiste et, d'autre part, celle qui doit seulement se satisfaire de fausses promesses et qui devrait accepter d'être méprisée et de continuer à se serrer la ceinture pour que le pays grandisse.

Voilà pourquoi, aux dernières élections, devant l'aveuglement d'une minorité obstinée, le peuple qui a le sentiment d'être trahi, manipulé, abusé, s'est abstenu et a rejeté les promesses et les mensonges de politiciens compromis.

Ce qui semble se profiler, c'est une dérive totalitaire du système, qui acculé dans ses contradictions, n'aura d'autres solutions que de restreindre les libertés et les droits pour une autocratie sauvegardant les intérêts du capital.

Trop, c'est trop, il faut mettre fin à ce système corrompu qui bafoue les principes républicains. Mais, attention, le risque d'explosion est considérable car, c'est dans la rue que se jouera tôt ou tard, inévitablement, la bataille sociale.

Jean-Claude VITRAN


1. Jean-Pierre Raffarin
2. Manuel Valls
3. Charles de Gaulle, en 1940
4. François Hollande
5. Marine Le Pen
6. Emmanuel Macron
7.  « On a dit souvent que les peuples valent ce que valent leurs élites. C'est vrai. Encore faut-il s'entendre sur le sens de ce mot. Trop longtemps l'élite a été définie comme une classe pourvue d'un droit. Elle le tint d'abord de la naissance (…) Elle le tint ensuite de la richesse (…) Ou enfin elle le tint de l'intelligence (…) Si nous assistons aujourd'hui à la disparition de ces anciennes élites, ce dont il est de bon ton de se désoler, c'est parce qu'elles avaient cessé d'assumer le rôle qui doit être celui d'une aristocratie véritable; de provoquer la marche en avant de la société tout entière ».
Daniel-Rops, Ce qui meurt et qui naît, p. 28, éditions Plon. 1937.
Cet écrivain et historien, académicien, catholique traditionnaliste, avait bien vu que les élites du passé n'avaient été utiles, tel celui qui fut maire de Bordeaux, Michel de Montaigne, que parce que, dans l'aristocratie d'alors, on pouvait se donner pour mission de servir le pays dans son ensemble. Ce temps, qui eut ses heures sombres et ses lumières aussi, est totalement révolu.

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux