vendredi 7 juillet 2017

Capitalisme : TINA est faux, il y a TOUJOURS des alternatives.


Le texte de ce blog a pour origine une discussion à bâton rompu et une impasse conceptuelle dont nous voulons sortir. Il a été écrit pour susciter le débat sur le système économique et ses conséquences sur les politiques publiques actuelles. Il est le point de départ d'une réflexion plus longue sur le sujet.


Il y a quelques jours, lors d'une conversation sur les systèmes économiques, une de nos interlocutrices a affirmé qu'il n'existait pas d'alternatives au capitalisme.

En quelque sorte, cette personne s'appropriait le fameux acronyme TINA1 couramment utilisé dans les années 1980 par Margaret Thatcher lorsqu'elle était Premier ministre du Royaume-Uni. Ce slogan, issu des théories économiques de Milton Friedmann et de ses prédateurs, les fameux « Chicago boys », signifie que le marché et le capitalisme sont des systèmes bénéfiques à l'essor de la société contemporaine et que tout régime qui prendrait une autre direction irait à l'échec.

Avec détermination, nous lui avons opposé qu'il nous semblait que cette conception rigide, contrainte et « pessimiste » du système économique moderne était fausse, car il y a toujours des alternatives. Penser le contraire c'est donner du crédit à Hegel et surtout à Francis Fukuyama2 qui a philosophé sur la « fin de l'histoire ».

La réponse de notre interlocutrice a été brève et méprisante : Qu'elle est donc cette alternative ?

Nous sommes attristés et vexés d'avouer que, n'ayant pas de réponse à apporter, nous sommes restés tristement muet.

Ce n'est pas la première fois que l'on nous oppose cette question et il devient indispensable, vital, d'apporter une réponse, sinon plus aucun débat n'est possible, il faut accepter le libéralisme sous toutes ses formes, les plus féroces, les plus perverses, en constatant que « circuler, il n'y a rien à voir ... ».

Non ! Il est impensable d'abdiquer, impossible de laisser le capitalisme financier, ennemi de l'humanité, paupériser la planète à l'exception d'une petite minorité oligarchique et faire œuvre de destruction de toutes les démocraties.

Pour y réfléchir depuis longtemps, il nous semble qu'il existe une réponse, conceptualisée il y a plus de deux siècles par nos ancêtres et que l'on retrouve depuis le 4 novembre 1848 dans chacune des Constitutions de la République Française.

C'est la devise de la République : Liberté - Egalité - Fraternité.

En effet, si cette magnifique devise, qui n'est aujourd'hui que la fausse barbe de la République, de la démocratie française, était appliquée, nous n'aurions pas à nous poser la question d'une alternative au capitalisme puisqu'elle serait l'alternative.

Par ailleurs, nous pensons qu'il ne faut pas accabler le capitalisme de tous les maux ; sans le dédouaner de ses perversités, le capitalisme est ce qu'en on fait et en font « ses pratiquants » qui de manière pathologique et perverse repoussent ses limites dans ses ultimes extrémités pour en tirer la quintessence pécuniaire. Le marxisme a été détourné et perverti dans des conditions presque semblables.

Alors, reprenons chaque mot de la devise Républicaine :

Liberté :

Du latin libertas (« état de l’homme libre »), dérivé de liber (« homme libre »).

La déclaration de 1789 dit : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société, la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi. »

Parler de loi nécessite d'introduire la notion d'Etat Nation qui est un concept désignant la réunion d'une organisation politique, l'Etat, et d'un ensemble d'individus qui sont liés et appartiennent à un même groupe, la Nation.

Les tenants de l'économie capitaliste ont forgé au début de 19ème siècle le mot « libéralisme » de même étymologie que liberté et dont le sens est chargé d’ambiguïté.
En effet, si le libéralisme prône la liberté d'expression, il défend aussi, dans le domaine économique, l'initiative privée, la libre concurrence et son corollaire l'économie de marché, essence même du capitalisme. De plus, le libéralisme actuel voudrait aboutir à la disparition de l'Etat Nation.

En ce qui concerne le cadre de l'Union européenne les libertés garanties par le marché unique, sont :
la libre circulation des biens,
la libre circulation des capitaux,
la libre circulation des services,
la libre circulation des personnes.
Il est à remarquer que les trois premiers points, priorités de l'UE, sont d'ordre économique et que le quatrième concerne plus particulièrement les travailleurs et ne fait nullement référence à l'Homme « social ».

Depuis le début du 21ème siècle, les gouvernements occidentaux au prétexte d'assurer la sécurité des citoyens, qui pour la majorité d'entre eux sont demandeurs, ont tendance à restreindre les libertés. La célèbre citation de Thomas Jefferson - « Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l’une ni l’autre » - se vérifie en permanence ; Nous y reviendrons dans un prochain texte.

Egalité :

L'égalité est le principe qui fait que tous les Etres humains doivent être traités de la même manière, avec la même dignité, qu'ils disposent des mêmes droits et sont soumis aux mêmes devoirs.

En 1789, lors de la rédaction de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen, l'Assemblée Nationale a déclaré : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » et en 1948 les signataires de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (DUDH) ont complété : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. »
Pourtant, les archives des débats tenus lors de la rédaction de ces déclarations ne mentionnent pas que les rédacteurs aient pensé égalité sociale ; ils ont débattu de l'égalité civique, politique et morale sans vouloir égaliser les moyens et les conditions d'existence.
Par ailleurs, avant 1848, le voté n'était toujours pas égalitaire, il a fallu attendre cette date pour que le vote au suffrage universel3 soit réellement effectif.

Après la seconde guerre mondiale, dans le but de combattre toutes les formes de discriminations, les rédacteurs de la DUDH ont ajouté les mots « égalité en dignité ».

Fraternité :

C'est le troisième terme de la devise Républicaine. Il désigne un lien de solidarité, de partage ; celui qui fait cruellement défaut au libéralisme moderne et qui rassemblant toutes les composantes de la société, supprimerait le « moi » pour faire un « nous ».

Même si la fraternité est citée à l'article premier de la déclaration universelle des droits de l’homme : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité » la principale critique que l’on peut adresser à l’Occident, c’est d’avoir oublié cet idéal de fraternité, et la Constitution française de 1958 mentionne seulement trois fois la fraternité, dans le contexte de la devise républicaine, sans plus

En effet, aujourd'hui, « tous » parlent parlent de justice, de tolérance, de dignité, de solidarité, de fraternité, car il est de bon ton d'en parler, mais cela reste seulement du domaine du seul verbe, pas de l'action. La majorité des individus, même le « peuple » n'entend que le langage de la consommation, celui des banquiers, des marchands, de l'argent …

Ce n'est pas nouveau, déjà Aristote, vers 350 avant notre ère, dénonçait l’hybris (la démesure) et forge le mot chrématistique4 pour condamner l'accumulation des moyens d'acquisition plus particulièrement celui qui accumule la monnaie pour elle-même.

Cela peut paraître théorique et utopique de penser que la fraternité pourrait être une alternative au capitalisme pourtant l'idée de partage contenu dans le mot devrait permettre d'établir une société plus harmonieuse car après tout le capitalisme ne reflète que l’égoïsme général empêchant une répartition équitable et fraternelle des richesses.

D'ailleurs, nous reviendrons sur cette valeur humaine fondamentale, souvent dévoyée, et dont on évite soigneusement de parler, parce qu'elle est profondément Politique, qu'à ce titre elle fait peur et qu'elle renferme en elle tous les « ingrédients » nécessaires et suffisants pour lutter contre le capitalisme.


Jean-Claude VITRAN et Jean-Pierre DACHEUX


1.   TINA : there is no alternative - il n'y pas d’alternative.
2.   La fin de l'histoire et le dernier homme – Editions Flammarion 1992
3.   Seulement pour les hommes, puisque les femmes n'ont le droit de voter que depuis 1944
4   https://fr.wikipedia.org/wiki/Chrématistique

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux