vendredi 16 juin 2017

La fin des élections ?


Les législatives, inséparables des présidentielles


Le point au 15 juin 2017. Note 78, à J-3 du second tour.
par Jean-Pierre Dacheux


Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique jusqu'au 18 juin. L'analyse des résultats complets des deux tours des législatives nous retiendra encore quelques jours après. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes les notes précédentes.


Du « dégagisme » au « raz de marée », nous sommes passés du « printemps français » à la dictature masquée. Ce n'est pas, avons-nous constaté, par la voie électorale qu'on améliore, sous la Vème République, la vie démocratique, dans notre pays. Dure réalité.


1 - Nous étions prévenus :
Plusieurs livres, que nous avons cités, nous avaient mis en garde. Antoine Peillon, Antoine Bueno, David Reybrouck, reprenant la très ancienne dénonciation d'Octave Mirbeau appelant à La Grève des électeurs, soulignaient, en cette année électorale, l'inanité et la vanité de tout vote qui-ne change rien, même quand cela en prend les apparences. Thomas Legrand éditorialiste à France Inter, avait déjà osé titrer, dans un livre paru, chez Stock, en 2014 : arrêtons d'élire des présidents.
Les résultats déjà connus confirment leurs analyses. L'abstention a pris les dimensions d'un acte politique protestataire jusqu'alors inconnu. Le remplacement, lui aussi inédit, de la plupart des députés, non seulement ne modifie pas la politique présidentielle mais l'aggrave. Le néo-libéralisme s'impose plus encore qu'auparavant. Nous demeurons dans une nuit démocratique.
Car, soyons en conscients, quand peu de voix peuvent s'élever pour proposer aux citoyens une alternative à la domination des riches, la démocratie s'enkyste. Tant que la diversité des opinions politiques ne pourra être représentée, à quoi bon voter !
Bref une conclusion s'est imposée : sans proportionnelle, on fait dire à la démocratie électorale le contraire de ce pourquoi elle existe.

2 – Rien ne changera depuis le Parlement.
La corruption continue, l'état d'urgence se pérennise, le droit du travail sera « réformé » : cela commence très mal.
Réformer, c'est dans le discours du patronat, « envoyer à la réforme » comme on le fait des animaux d'élevage devenus inutiles et conduits à l'abattoir. Tout changement qui ne constitue pas un mieux pour les intéressés ne mérite pas le nom de réforme. Le Parlement autorisera à légiférer, dans le domine social, par ordonnances et cette réforme régressive ne produira aucune amélioration économique. C'est donc ailleurs que dans les Assemblées (car le Sénat suivra) qu'il va falloir chercher des réponses au mal vivre qui n'épargne que les favorisés. Il va falloir, 228 ans après, proclamer, une nouvelle fois, et surtout mettre en œuvre, dès que possible, l'abolition des privilèges.
Sans l'appui et l'exigence du peuple des petits, dans la rue, c'est-à- dire là où il reste possible de se faire entendre, (sinon où ?), nous vivrons un quinquennat de stagnation et, de surcroît, sans considération suffisante pour la mutation écologique radicale de la planète. Élections ou pas, le monde entier bouge et n'en pas tenir prioritairement compte nous condamne.

3 - La France n'est plus une grande puissance. Admettons-le.
L'opposition principale au macronisme se situe là d'abord. Nos 66 millions d'habitants ne représentent même pas 1% de la population planétaire. Nous ne serons jamais plus la principale locomotive économique de l'Europe, ni longtemps encore l'un des gendarmes du monde. La politique de la France doit se penser en en tenant compte. La grandeur de la France n'est ni dans sa taille, ni dans son armée, ni dans son influence internationale. Ses atouts sont dans sa capacité de création, d'innovation, dans sa culture, bref dans sa bonne image toujours vivante en dépit de ses fautes.
Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternative économique a fait reparaître, en mars dernier, son livre paru en 2015 : La France ne sera jamais plus une grande puissance ? Tant mieux ! On y trouve de quoi ne pas désespérer, même si les causes d'inquiétude ne manquent pas.
On y découvre pourquoi la nouvelle majorité (la droite nouvelle attrape-tout, en fait), n'est pas équipée pour élaborer des politiques adaptées au temps qui vient. Ce n'est ni au Louvre, ni à Versailles que la France d'aujourd'hui peut se révéler coopératrice et non dominatrice.
Une opposition qui ne proposerait pas aux citoyens cette autre France efficace et humble, située à sa place et non au-dessus de ses partenaires européens ne servirait à rien. La chasse au bonheur est ouverte et elle n'a pas besoin de fusils ni de bombes atomiques.

4 – Notre France n'est pas celle d'Emmanuel Macron. Là est la source de notre opposition irréductible.
Il y a deux gauches inconciliables affirmait Manuel Valls. Il y a aussi deux France inconciliables.
Emmanuel Macron diagnostiquait Raphaël Glucksmann, le 25 mars 2017, dans l'Obs « est le candidat libéral assumé et cohérent que la France n’avait pas encore connu (le libéralisme supposé de la droite française relevant jusque-là du conservatisme autoritaire) ». La gauche inconciliable de Valls a, depuis, rejoint le parti libéral de Macron.
Dans un article du même Raphaël Glucksmann, intitulé Gauche année zéro, on pouvait lire : « Face au défi inédit du nouveau parti libéral au pouvoir, (il faut) réinventer une gauche sociale et écologique ». Cette gauche sociale et écologique, l'autre gauche, qu'il faut se hâter de rebaptiser, est celle de l'autre France, « européenne, cosmopolite, rabelaisienne, cartésienne, voltairienne » et plus que jamais rousseauiste ... une France à rebâtir après l'effondrement qui s'est produit le 11 juin. Impossible de baisser les bras ! Rappelons-nous :

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, etc..
dans le poème de Rudyard Kipling (1910, traduit parAndré Maurois (1918)

La France en marche, devenue la République en marche et définie, toujours par
Raphaël Glucksmann, comme le parti libéral se voit opposé La France insoumise et s'engage dans un conflit idéologique qui sera tendu, comme il convient dans une démocratie vivante.

***

Peu importe les effectifs des députés. La vérité politique ne dépend pas d'un nombre mais de la force des arguments et de leur réception par les citoyens. Le 18 juin prochain ne marquera pas une fin, mais un commencement. Une France libérale ne peut perdurer indéfiniment surtout dans un contexte international très mouvant qui change de mondialisation. Même le Président des tout puissants États-Unis est à la peine. La première ministre du Royaume-Uni plus encore. Sanders, Corbyn, Mélenchon osent s'en prendre au libéralisme économique et, contrairement aux jugements hâtifs des médias, ils tiennent bon, même défaits, et leur voix porte. Au-delà des personnalités en vue, l'action démultipliée des Français et de bien des peuples étrangers, modifie le monde en profondeur. Nous en voyons déjà les premiers effets. Nous nous inscrivons dans cette dynamique imperméable à toute résignation. La France ne deviendra pas, par le biais d'une élection suivie d'un autre, un pays libéral ! C'est contraire à son être même.




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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux