jeudi 22 juin 2017

Début de quinquennat tumultueux


Après les présidentielles et les législatives, quel gouvernement ?


Le point au 21 juin 2017. Note 02
par Jean-Pierre Dacheux


Un gouvernement constitué entre les présidentielles et les législatives s'est avèré instable ; quatre ministres, et non des moindres, ont été démissionnaires et /ou mis sur la touche; le MODEM, pourtant largement représenté au Parlement, est désormais peu en vue au gouvernement. Nous sommes entrés, sans transition, d'une présidence « jupitérienne » à une présidence sur la défensive.


1 – Un faiseur de roi devenu inutile !
François Bayrou, Garde des Sceaux, porteur d'une loi majeure pouvant redonner aux Français confiance en leurs élus, est pris, avec tout son parti, dans les mailles d'un filet dont on ne peut sortir sans égratignures. Il va devoir faire face à la justice ! S'il démontre son innocence et celle de ses proches, impliqués dans une affaire de financement illégal au Parlement européen, - comme nombre de parlementaires européens du FN ! - il n'en sortira pas moins brisé politiquement. Il avait apporté un soutien peut-être décisif au candidat Macron. Le voici, malgré un nombre conséquent de députés, devenu inutile, dès lors que La République en Marche a obtenu, à elle seule, la majorité à l'Assemblée Nationale ! Se réjouir de cet échec du faux centrisme n'aurait aucun sens. La page est tournée. Le centre droit ne pourra tempérer les excès de la droite « franche et massive » qui l'absorbe désormais. Il a perdu plus que son influence : sa raison d'être. Le « dégagisme » a encore frappé. Il faut comprendre ce vocable, en fin de compte, comme l'ensemble des processus d'élimination, provoqués ou non mais tous produits par des tensions politiques, accumulées, multiples, et qui sont loin d'avoir cessé, on le constate, le 18 juin 2017 !

2 – Le désenchantement a recommencé.
Emmanuel Macron s'est voulu au-dessus de la mêlée, « jupiterrien ». Du Louvres à Versailles, il a, très vite, adopté un comportement monarchique et il a voulu y ajouter une posture de leader international. Ce positionnement politique ne l'a pas mis à l'abri des contradictions internes. Le voici confronté à une crise inattendue et d'ampleur encore inconnue. Le remaniement ministériel ne compense pas les retraits de personnalités importantes plutôt difficiles à remplacer. La prise de conscience de l'étroitesse de l'assise populaire du gouvernement après l'abstention historique qui a marqué, pour longtemps, les résultats du second tour et des présidentielles et des législatives, affaiblit encore l'autorité des dirigeants actuels, majorité parlementaire écrasante ou pas. Le désenchantement qui avait accompagné les deux précédents quinquennats n'a pas tardé à réapparaître. Emmanuel Macron ne peut que pâtir de ce faux départ et s'il en vient à imposer sa politique antisociale et sécuritaire, il va vite, lui aussi ... déchanter.

3 – Les fragilités survenues ont encore modifié la donne politique.
Aucune des questions majeures que nous avons déjà signalées ne va être masquée par cet épisode gouvernemental fâcheux et surdimensionné. Au contraire, il va bien falloir les re considérer en tenant compte de ces nouvelles fragilités survenues.
• L'abstention aura été une réponse de grande portée donnée au désenchantement provoqué par les politiques qui ont été mises en œuvre. À partir d'un certain taux, majoritaire, l'invalidation du scrutin ne peut qu'être envisagée.
• Le bulletin blanc est une réponse valide donnée à l'impossibilité d'un choix. Il doit devenir un suffrage exprimé dont l'interprétation s'ajoute, de fait, à l'abstention.
• Le bulletin nul résulte de la colère ou de la déception d'un électeur qui ne sait s'exprimer autrement. Sans que ce puisse devenir un suffrage exprimé, il fait nombre aussi avec l'abstention et le vote blanc.
• Tout mode de scrutin qui n'établit aucune proportionnalité entre le nombre des votants et le nombre des élus perd son sens et constitue un déni de démocratie. La répartition des sièges à l'Assemblée vient de nous le faire constater. Notre scrutin actuel, majoritaire, uninominal, à deux tours, unique en Europe, doit donc être abandonné.
• Représenter les citoyens n'est pas se substituer à eux. Le député est un porte-parole et un éducateur politique ; il n'est pas un décideur politique solitaire. La démocratie réelle est plus que participative, elle est consultative, délibérative et co-décisive. Elle n'est pas en suspens, en attente entre deux consultations et il ne suffit plus de l'admettre.
• Interroger le peuple en son entier, par voie référendaire ou autre, doit s'effectuer, non exceptionnellement mais régulièrement, comme savent le faire les Suisses.

On voudrait nous donner à croire que le Président et son gouvernement vont pouvoir, appuyés sur un majorité massive (et qui peut encore s'élargir), diriger le pays sans autres oppositions que celles, réduites, de parlementaires ne disposant que de la force de leur verbe. La réalité est plus mouvante et plus complexe que cela. On enferme les citoyens dans la fausse alternative suivante : entre la loi des urnes et celle de la rue, un démocrate doit choisir. La volonté populaire passe par de multiples voies, et pas seulement dans les bureaux de vote ou dans la rue. Il arrive qu'une idée juste s'impose avec ou sans bulletins de vote, avec ou sans manifestations de rue. Pèsent parfois, de façon décisive, le livre d'un penseur, l'article percutant d'un journaliste qualifié, la conférence d'un chercheur dont les travaux font autorité, l'enseignement d'un universitaire, un tract même quand son contenu bouleverse ses lecteurs, la rencontre ou la réunion de citoyens en quête, ensemble, de réponses aux questions de notre temps, la dynamique d'associations mettant les convictions de leurs membres à l'épreuve de l'expérience ... Bref, la politique nous submerge et déborde des enceintes spécialisées, parlementaires ou autres. Le pire danger est dans la résignation de ceux qui estiment que l'on ne peut que s'incliner devant un vainqueur ! Rien n'est jamais définitif. Nous en ferons, plus vite que par le passé, la constatation tant est grand l'écart entre l'état du monde en profonde transformation et les politiques que l'on nous annonce en France.

Non, le vieux monde n'est pas de retour même si ceux qui s'y sentent à l'aise croient pouvoir nous en imposer les formes surannées.


mercredi 21 juin 2017

Et maintenant ?


Après les présidentielles et les législatives, indissociables...


Le point au 20 juin 2017. Note 01.
par Jean-Pierre Dacheux


Les résultats sont tombés mais les lire, comprendre et interpréter ne peut s'effectuer d'un jour sur l'autre. Il nous faudra encore quelques notes pour les analyser et en tirer des enseignements.


Quelles questions majeures nous sont posées au lendemain du second tour ?
Si l'on cherche à ordonner les résultats définitifs qui ont été communiqués par les médias dès hier soir, il apparaît aussitôt que les priorités s'établissent ainsi :

1 - Le record absolu des abstentions au cours du second tour des législatives, atteignant les 57% et les dépassant en maintes régions, fait considérer l'ensemble de l'épisode électoral de façon nouvelle.
À cet éloignement des urnes, inconnu depuis le début de la Ve République, sont venus s'ajouter, de nouveau, comme au second tour des présidentielles, les votes blancs et nuls d'électeurs ne voulant pas choisir.
Selon les calculs du ministère de l'intérieur 1 990 655 votants ont déposé un bulletin déclaré non valide (!) dans l’urne, dimanche 18 juin, (1 397 496 pour le vote blanc, 593 159 pour le vote nul). C’est quatre fois plus qu’au premier tour. L’ensemble concerne 9,87% des votants. Abstentions (57,36%), plus bulletins blancs (2,95%), plus bulletins nuls (1,25%) pèsent ensemble : 61,56%. Les suffrages exprimés par les votants ne représentent que 38,44% des inscrits ! Cela n'émeut guère les gagnants qui « déplorent » mais se contentent de ce trop peu... Pas nous ! Nous y reviendrons donc pour une bien plus longue réflexion.

2 - La seconde caractéristique de ces élections rapprochées et hors normes est constituée par le remplacement-renouvellement du personnel politique. On aura, à ce propos, évoqué le « dégagisme », mais ce fut, en fait, une élimination.
Pareil bouleversement ne s'improvise pas. Nul besoin d'être « complotiste » pour former l'hypothèse qu'un pareil coup de force a été préparé avec soin et méthode. Les informations manquent au simple citoyen pour comprendre qui était derrière ce véritable coup d'État légal. Bien des élus, souvent très informés, n'ont pas davantage vu venir, pour eux-mêmes, ce qui les attendait. Ce qui s'est conclu le 18 au soir et dont nous avons aussitôt été informés n'a pas tout révélé. Il faut se donner, là encore, un peu de recul pour saisir comment cette opération politique fut possible et pourquoi l'effet de surprise a joué. Nous y consacrerons une note entière, le moment venu.

3 – La rupture au sein du PS, les ralliements à Macron, les trahisons, représentent, d'un quinquennat à l'autre, le passage d'un parti de la gauche à la droite et expliquent sa mort en tant que « socialiste ».
Très vite, les ralliés, ( de Collomb à Le Foll, de Valls à Cambadélis ) vont tenter de récupérer l'outil pour le mettre au service de leur nouveau chef. Cet affrontement nous concerne tous. La bascule de l'anticapitalisme à la Jaurès au néo-libéralisme à la Hollande n'intéresse pas que les membres ou anciens membres de ce parti historique en capilotade. La résistance de Benoît Hamon et autres « frondeurs », de Delphine Batho et autres socialistes déçus... peut peser lourd. Sans les approuver en tout, il importe de ne pas les abandonner. Voilà de quoi encore rédiger une note, dès que ce sera possible, pour examiner ce qui reste de « la gauche de gauche » et pourquoi, et comment, elle peut renaître.

4 – Le mode de scrutin sera réformé, mais à la marge ( avec « une dose de proportionnelle »). Cela n'est pas à la hauteur de la défiance surgie hors des urnes et au sein des urnes.
La lutte politique pour faire reculer le scrutin majoritaire à deux tours ne fait que commencer. La reconnaissance du vote blanc fait partie de la même lutte. Il nous faut nourrir les argumentaires de tous ceux qui veulent une véritable réforme constitutionnelle et un mode de scrutin respectueux de tous les citoyens. Il faudra

5 – Les Insoumis entrent à l'Assemblée nationale et seront assez nombreux pour constituer un groupe parlementaire.
C'est une bonne nouvelle mais c'est une « petite nouvelle ». 19 députés dont quelques brillants orateurs, c'est beaucoup mieux que rien et, surtout passer de zéro députés à une vingtaine de députés, dans le contexte actuel, c'est franchement positif. Cependant il faut examiner aussi l'ampleur de la déception, alors que Jean-Luc Mélenchon avait obtenu plus de 7 millions de voix et que le porte-parole de la France Insoumise pouvait faire monter plus haut encore le niveau de la gauche véritable. On lui a beaucoup reproché ses exigences par rapport au PS et au PCF. Les résultats du second tour des législatives ont bien montré où était l'élan ! Il sera nécessaire de déterminer, sans aigreur, où sont les responsabilités.

Voici donc au moins cinq questions à examiner car il importe de mener nos analyses jusqu'à leur terme.


mardi 20 juin 2017

Les trois maîtres mots : abstention, dégagisme, droitisation


Les législatives, inséparables des présidentielles


Le point au 18 juin 2017. Note 80
par Jean-Pierre Dacheux


Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique jusqu'au 18 juin. L'analyse des résultats complets des deux tours des législatives nous retiendra encore quelques jours après. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes les notes précédentes.


On y voit un peu plus clair : ce qui aura marqué les élections législatives, c'est la contradiction entre les faits que décrivent les mots abstention (avec sa conséquence probable sur le mode de scrutin ), « dégagisme » (avec le renouvellement jamais encore vu du personnel politique) et droitisation (avec le regroupement de la plupart des sensibilités libérales « et de la droite et de la gauche ») autour du nouveau Président !


1 – L'abstention, fait historique majeur.
Il faudra un peu de temps pour mesurer l'importance de cette abstention pesant, à elle seule, plus que l'ensemble des votants. Pour l'instant on en relativise l'impact. Demain pourtant, ses causes politiques vont se trouver révélées : les jeunes et les modestes qui auront été profondément démotivés, vont en partie revoter là où il y a un enjeu. Au contraire, partout où le choix n'est plus qu'entre La République en marche et Les Républicains (en fait la droite libérale recomposée et la droite traditionnelle à la dérive), de nouveaux électeurs vont s'abstenir ou, de nouveau, comme aux présidentielles, voter blanc. L'abstention politique ne sera plus seulement celle des désabusés, des déçus, des désenchantés, mais aussi celle des refusants, des clairvoyants, des réveillés de l'ex-gauche qui ne peuvent favoriser une droite plutôt qu'une autre.
Plus encore : désormais si le choix est rendu impossible on s'autorisera à ne pas voter ou à voter blanc. Le précédent a été créé. Ce n'est plus être un « mauvais citoyen » que de ne pas voter. Ne pas voter, c'est voter, c'est donner un avis, violent, mais c'est un avis. C'est se donner la liberté de ne pas aller contre sa propre pensée. L'élection ne sera plus un piège. Pour que le choix soit clair, il importe que ce qui est proposé aux électeurs le soit. Ce débat est clos : il a été rendu possible de s'abstenir s'il s'agit d'une conviction politique et il n'est donc plus possible de ne pas en tenir compte. « La vague macroniste a trouvé plus fort qu’elle. D’ores et déjà, l’abstention est et restera la grande gagnante de ces législatives » écrit Jacques Lucchesi dans sa tribune publiée sur Agora vox.
La non victoire des votants ne signifie pas victoire de l'abstention. Mais tout n'est pas dit. Il faut aller plus loin : L'abstention est due à la non reconnaissance du vote blanc. L'impossibilité de ne pas choisir est antidémocratique.
Mais osons avancer d'un pas encore : si l'abstention était prise en compte, le Parlement serait à moitié vide. Près de 300 sièges resteraient vacants. La REM (mieux vaut ce sigle que LREM) n’aurait plus que 12,7% des voix et le PS, encore le gros perdant de ses élections législatives, n’obtiendrait qu’un seul tout petit siège du haut de ses 3,5 %.
Formellement, le processus démocratique a fonctionné et fait apparaître une majorité qui est légale pour prendre des décisions, pour légiférer. Seulement, cette majorité n’est pas légitime parce qu’elle représente une fraction d’opinion extrêmement minoritaire. (Les députés de REM – à l’image du président Macron – seront les plus mal élus de la Vème République, car les candidats de l’alliance En Marche / Modem n’ont recueilli, au premier tour que 15,4% des électeurs inscrits.

2 – Mélenchon l'a voulu, Macron l'a réalisé : le « dégagisme » est ... en marche !
D'ores et déjà, et quelle qu'en soit l'ampleur, le 18 juin au soir, le renouvellement du personnel politique est chose faite. Renouvellement générationnel, féminisation plus importante, effacement du Parti socialiste, fort recul des Républicains, arrivée massive d'élus néophytes. C'est du jamais vu.
Le phénomène n'est pas dû qu'à la volonté du Président et à ce que lui a permis un mode de scrutin binaire et tranchant, il accompagne une défiance à l'égard des partis institués qui ont gravement déçus au cours des deux quinquennats précédents. Le vote sanction a joué à plein. Il donne certes des pouvoirs accrus au nouveau Président, mais il contient un avertissement : si vous décevez, vous disparaitrez, à votre tour, au terme de ce nouveau quinquennat ou ... avant à l'occasion d'un référendum raté, par exemple.
Le dégagisme, cette possibilité de chasser les élus dont on ne veut plus entendre parler, s'est presque banalisé ! Il est à rapprocher de l'abstention : je peux ne pas m'associer à ce qui ne m'est plus supportable.

3 – Une droitisation s'est opérée.
Le recentrage macronien aura permis de donner le pouvoir à une élite néo-libérale qui assume, sans état d'âme, des choix économiques qui sont et seront durs à vivre pour les Français modestes et pour tous ceux, Français ou pas, qui sont dépendants des puissances d'argent. C'est l'une des contradictions de cette élection surprenante. La droite conservatrice et traditionnaliste, que pouvait incarner François Fillon, a été défaite. La tentation de la droite la plus extrême, que représentait Marine Le Pen a été écartée. Et pourtant, c'est une une droite nouvelle qui a émergé et qu'a rejoint une large partie des socialistes infidèles à eux-mêmes. La gauche, elle aussi nouvelle, qui a été présentée au pays par Jean-Luc Mélenchon, n'a pas eu le temps de se substituer au PS défaillant. Rénover une opposition qui doit dépasser la gauche traditionnelle en échec ne s'effectuera pas sans difficultés. Concevoir une politique écologique et sociale crédible, qui soit en lien avec tous les expérimentateurs de modes de vie supportables et créatifs a besoin de temps. Ce temps vient-il de s'ouvrir ou de se refermer ? La droite néo libérale n'est pas moins redoutable que la droite dure et elle voue une haine à peine dissimulée pour la société en mutation qui apparaît. Elle n'est pas en capacité de penser un monde désoccidentalisé et d'une pluralité sans équivalent historique connu. Bref, les esprits les plus ouverts restent conditionnés par le mode d'organisation économique et sociale capitaliste. Et c'est cette droite « acceptable » que nous ne devons en aucun cas accepter.

Il importe de nous préparer à l'après-élections. Attendre 2022 serait inexcusable. Tout n'est pas dit le 18 juin 2017. Si grands soient les changements attendus, la vie politique ne va pas s'arrêter. La démocratie, une fois encore, n'est jamais en suspens ! Lire, écrire, dialoguer, analyser, comprendre, prendre des initiatives sera plus que jamais indispensable et mobilisera toujours plus de citoyens. L'ordre dans lequel nous aurons à travailler les dossiers les plus urgents commence à se déterminer. Il sera mieux fixé une fois connus les rapports de force mesurés par la dernière consultation, mais pas seulement. Les événements qui surgissent pèsent aussi, et souvent immédiatement, sur les débats publics. La catastrophe de Fukushima avait accéléré la décision du gouvernement allemand d'abandonner l'énergie d'origine nucléaire. Être constamment prêt est une exigence qui demande une grande solidarité intellectuelle entre ceux dont les analyses sont proches.

Nul n'échappera à ce travail de renouvellement de nos pensées et pas seulement ... nos parlementaires !

vendredi 16 juin 2017

Encore plus d'abstentions et « corriger le tir » ?


Les législatives, inséparables des présidentielles


Le point au 16 juin 2017. Note 79, à J-2 du second tour.
par Jean-Pierre Dacheux


Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique jusqu'au 18 juin. L'analyse des résultats complets des deux tours des législatives nous retiendra encore quelques jours après. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes les notes précédentes.


Si près du vote final, il n'y a plus guère que cela à examiner : la victoire des abstentionnistes va-t-elle encore s'élargir et y aura-t-il un mouvement relatif de limitation du succès de la République en marche ?


1 - L'abstention est annoncée comme plus forte que le 11 juin !
L’abstention avait déjà battu des records au premier tour des élections législatives, avec un taux de 51,29%. Ce taux pourrait s'élever encore à 53% pour le second tour si l'on en croit un sondage Odoxa pour Franceinfo, publié ce vendredi, 16 juin. Cela constituerait le record des records pour une élection présidentielle ou législative sous la Vème République.
Ce même sondage indique que 48% des sympathisants de gauche compteraient s’abstenir, comme 35% des sympathisants de droite (hors FN), 61% des sympathisants FN, et 35% des sympathisants de La République en marche. Ce sont les plus jeunes électeurs qui devraient le plus bouder les urnes (61% des 18-24 ans et 63% des 25-34 ans n’iraient pas voter). Parmi les catégories socio-professionnelles, ce sont les ouvriers et les employés qui s'abstiendraient le plus (58%).
Un sondage n'est pas une prévision mais c'est l'indication d'une tendance. Flouée, la majorité des citoyens se rebelle. À 55% d'abstentions, avec ou sans les votes blancs, les résultats des législatives seraient fortement dévalorisés. Et il faudrait bien, d'une manière ou d'une autre, tenir compte de la mauvaise humeur de plus de la moitié du corps électoral ! Déjà, on reparle d'un recours à la proportionnelle telle qu'elle fonctionne, et sans inconvénients, dans plusieurs pays de cette Europe politique à 27 à laquelle le président Macron s'affirme attaché.
Abstention et mode de scrutin inacceptable finissent par se rencontrer dans l'esprit des électeurs qui suivent de près la vie politique.
Un électeur de Paris (XVIIIe) a osé poser, en réunion publique, une question pertinente et audacieuse. Particulièrement inquiet du faible taux de participation, il a interpellé comme suit les candidats présents venus débattre : «  Si vous êtes élus, jusqu'à quel niveau d'abstention acceptez-vous votre mandat ? ». La question a fait réagir la salle... mais tous les candidats l'ont esquivée. Tout était dit...

2 – Les Français ne se retrouvent pas dans le résultat du 1er tour !
Selon un sondage Elabe pour BFMTV, publié jeudi 15 juin, 61% des personnes interrogées souhaiteraient que le second tour "rectifie le premier tour avec une majorité moins importante qu'attendue" favorable au président Emmanuel Macron, contre 37% qui espèrent, au contraire, qu'il confirme le résultat du premier tour. 22 % des sondés seraient même"très mécontents" des résultats du 1er tour
Un peu plus de la moitié (53%) des personnes interrogées se disent, en outre, "inquiètes" de voir la République en Marche et le Modem disposer d'une majorité à l'Assemblée nationale supérieure à 400 députés sur 577, tandis que 20% se disent indifférents. En revanche, cette perspective inspire de la "confiance" à 27% des Français sondés.
Ce sondage a été effectué par internet les 13 et 14 juin auprès d'un échantillon de 1.000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas). La marge d'erreur de 1,4 à 3,1 points.
Quant à « corriger le tir », encore faudrait-il le pouvoir ! Le vote s'effectue circonscription par circonscription et de façon binaire. Quatre députés ont été élus (trois en métropole, - dont 2 LREM et un UDI – et un à Wallis et Futuna - DG). Restent 473 sièges à pourvoir.
Même élue à la proportionnelle intégrale, l'Assemblée nationale conserverait une majorité présidentielle, avec 186 députés sur 577, majorité relative donc, mais suffisante, grâce au jeu des alliances à droite. C'est l'excès de majorité qui fait « tiquer » les Français. Pour y remédier, il leur faudrait voter pour des candidats aux orientations opposées (du FN au LR ou à FI). C'est peu crédible. Dans les 473 circonscriptions où l'on votera, il n'y aura qu'une seule triangulaire et 572 duels. 508 Candidats LREM et MODEM devraient y être engagés. La statistique suffit à indiquer que la partie n'est pas égale et que la majorité absolue ou relative est promise à la République en marche. La campagne officielle, qui s'achève ce soir, n'y peut plus rien changer pour l'essentiel.

Les dégâts sont donc faits. On en jugera l'ampleur dans deux jours. Il est trop tard pour changer le cours des choses et le résultat des consultations. Pourtant, une mise en garde est tombée : ni le président, ni les députés qui se réclament de lui, ne disposent d'une majorité effective. Le jeu de massacre a été rendu possible par une loi électorale scélérate. Les nouveaux dirigeants seront placés sous surveillance. Les « survivants » qui vont entrer à l'Assemblée nationale pourront s'appuyer sur tous ceux à qui a été volée une représentation juste et équitable. Quelques correctifs très significatifs, bien que de faible ampleur, pourraient bien, in extremis éclairer le paysage politique d'une lumière très crue. Nous les examinerons avec attention si, comme nous le pensons, ils se réalisent. Au-delà des élections, la vie politique va s'amplifier, les débats vont se multiplier car rien n'est acquis, ni pour le gouvernement ni pour son opposition.


La fin des élections ?


Les législatives, inséparables des présidentielles


Le point au 15 juin 2017. Note 78, à J-3 du second tour.
par Jean-Pierre Dacheux


Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique jusqu'au 18 juin. L'analyse des résultats complets des deux tours des législatives nous retiendra encore quelques jours après. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes les notes précédentes.


Du « dégagisme » au « raz de marée », nous sommes passés du « printemps français » à la dictature masquée. Ce n'est pas, avons-nous constaté, par la voie électorale qu'on améliore, sous la Vème République, la vie démocratique, dans notre pays. Dure réalité.


1 - Nous étions prévenus :
Plusieurs livres, que nous avons cités, nous avaient mis en garde. Antoine Peillon, Antoine Bueno, David Reybrouck, reprenant la très ancienne dénonciation d'Octave Mirbeau appelant à La Grève des électeurs, soulignaient, en cette année électorale, l'inanité et la vanité de tout vote qui-ne change rien, même quand cela en prend les apparences. Thomas Legrand éditorialiste à France Inter, avait déjà osé titrer, dans un livre paru, chez Stock, en 2014 : arrêtons d'élire des présidents.
Les résultats déjà connus confirment leurs analyses. L'abstention a pris les dimensions d'un acte politique protestataire jusqu'alors inconnu. Le remplacement, lui aussi inédit, de la plupart des députés, non seulement ne modifie pas la politique présidentielle mais l'aggrave. Le néo-libéralisme s'impose plus encore qu'auparavant. Nous demeurons dans une nuit démocratique.
Car, soyons en conscients, quand peu de voix peuvent s'élever pour proposer aux citoyens une alternative à la domination des riches, la démocratie s'enkyste. Tant que la diversité des opinions politiques ne pourra être représentée, à quoi bon voter !
Bref une conclusion s'est imposée : sans proportionnelle, on fait dire à la démocratie électorale le contraire de ce pourquoi elle existe.

2 – Rien ne changera depuis le Parlement.
La corruption continue, l'état d'urgence se pérennise, le droit du travail sera « réformé » : cela commence très mal.
Réformer, c'est dans le discours du patronat, « envoyer à la réforme » comme on le fait des animaux d'élevage devenus inutiles et conduits à l'abattoir. Tout changement qui ne constitue pas un mieux pour les intéressés ne mérite pas le nom de réforme. Le Parlement autorisera à légiférer, dans le domine social, par ordonnances et cette réforme régressive ne produira aucune amélioration économique. C'est donc ailleurs que dans les Assemblées (car le Sénat suivra) qu'il va falloir chercher des réponses au mal vivre qui n'épargne que les favorisés. Il va falloir, 228 ans après, proclamer, une nouvelle fois, et surtout mettre en œuvre, dès que possible, l'abolition des privilèges.
Sans l'appui et l'exigence du peuple des petits, dans la rue, c'est-à- dire là où il reste possible de se faire entendre, (sinon où ?), nous vivrons un quinquennat de stagnation et, de surcroît, sans considération suffisante pour la mutation écologique radicale de la planète. Élections ou pas, le monde entier bouge et n'en pas tenir prioritairement compte nous condamne.

3 - La France n'est plus une grande puissance. Admettons-le.
L'opposition principale au macronisme se situe là d'abord. Nos 66 millions d'habitants ne représentent même pas 1% de la population planétaire. Nous ne serons jamais plus la principale locomotive économique de l'Europe, ni longtemps encore l'un des gendarmes du monde. La politique de la France doit se penser en en tenant compte. La grandeur de la France n'est ni dans sa taille, ni dans son armée, ni dans son influence internationale. Ses atouts sont dans sa capacité de création, d'innovation, dans sa culture, bref dans sa bonne image toujours vivante en dépit de ses fautes.
Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternative économique a fait reparaître, en mars dernier, son livre paru en 2015 : La France ne sera jamais plus une grande puissance ? Tant mieux ! On y trouve de quoi ne pas désespérer, même si les causes d'inquiétude ne manquent pas.
On y découvre pourquoi la nouvelle majorité (la droite nouvelle attrape-tout, en fait), n'est pas équipée pour élaborer des politiques adaptées au temps qui vient. Ce n'est ni au Louvre, ni à Versailles que la France d'aujourd'hui peut se révéler coopératrice et non dominatrice.
Une opposition qui ne proposerait pas aux citoyens cette autre France efficace et humble, située à sa place et non au-dessus de ses partenaires européens ne servirait à rien. La chasse au bonheur est ouverte et elle n'a pas besoin de fusils ni de bombes atomiques.

4 – Notre France n'est pas celle d'Emmanuel Macron. Là est la source de notre opposition irréductible.
Il y a deux gauches inconciliables affirmait Manuel Valls. Il y a aussi deux France inconciliables.
Emmanuel Macron diagnostiquait Raphaël Glucksmann, le 25 mars 2017, dans l'Obs « est le candidat libéral assumé et cohérent que la France n’avait pas encore connu (le libéralisme supposé de la droite française relevant jusque-là du conservatisme autoritaire) ». La gauche inconciliable de Valls a, depuis, rejoint le parti libéral de Macron.
Dans un article du même Raphaël Glucksmann, intitulé Gauche année zéro, on pouvait lire : « Face au défi inédit du nouveau parti libéral au pouvoir, (il faut) réinventer une gauche sociale et écologique ». Cette gauche sociale et écologique, l'autre gauche, qu'il faut se hâter de rebaptiser, est celle de l'autre France, « européenne, cosmopolite, rabelaisienne, cartésienne, voltairienne » et plus que jamais rousseauiste ... une France à rebâtir après l'effondrement qui s'est produit le 11 juin. Impossible de baisser les bras ! Rappelons-nous :

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, etc..
dans le poème de Rudyard Kipling (1910, traduit parAndré Maurois (1918)

La France en marche, devenue la République en marche et définie, toujours par
Raphaël Glucksmann, comme le parti libéral se voit opposé La France insoumise et s'engage dans un conflit idéologique qui sera tendu, comme il convient dans une démocratie vivante.

***

Peu importe les effectifs des députés. La vérité politique ne dépend pas d'un nombre mais de la force des arguments et de leur réception par les citoyens. Le 18 juin prochain ne marquera pas une fin, mais un commencement. Une France libérale ne peut perdurer indéfiniment surtout dans un contexte international très mouvant qui change de mondialisation. Même le Président des tout puissants États-Unis est à la peine. La première ministre du Royaume-Uni plus encore. Sanders, Corbyn, Mélenchon osent s'en prendre au libéralisme économique et, contrairement aux jugements hâtifs des médias, ils tiennent bon, même défaits, et leur voix porte. Au-delà des personnalités en vue, l'action démultipliée des Français et de bien des peuples étrangers, modifie le monde en profondeur. Nous en voyons déjà les premiers effets. Nous nous inscrivons dans cette dynamique imperméable à toute résignation. La France ne deviendra pas, par le biais d'une élection suivie d'un autre, un pays libéral ! C'est contraire à son être même.




mercredi 14 juin 2017

La démocratie en berne ou en panne ?


Les législatives, inséparables des présidentielles


Le point au 14 juin 2017. Note 77, à J-4 du second tour.
par Jean-Pierre Dacheux


Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique jusqu'à la fin de la semaine. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'avec l'analyse des résultats des deux tours des législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes les notes précédentes.


La démocratie ne se limite pas à la liberté d'élire. Elle exige bien davantage. Nous venons de faire l'expérience de l'exploitation des failles démocratiques en France. Cette révélation peut s'avérer utile. Elle nous fait effectuer des constats qui nous interpellent et posent questions :

L'abstention massive (pesant plus de la moitié des électeurs inscrits) ne peut être passée sous silence car elle mesure l'ampleur du divorce entre les citoyens et la représentation politique.
Une élection où l'emporte le non-vote reste-t-elle valide ?

Le mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours, qui n'existe nulle part ailleurs en Europe, déforme l'expression de la volonté populaire.
Sans proportionnelle, tous les citoyens peuvent-ils être représentés ?

Le régime politique français est, de fait, présidentiel, même s'il est, dans notre droit, autant parlementaire que présidentiel.
Pourrons-nous échapper, à la monocratie autoritaire « en marche » ?

La quasi disparition des forces politiques traditionnelles de droite et de gauche et la montée souterraine de l'extrême droite fragilisent le pays, bride le débat public, et supprime les oppositions d'hier ou d'aujourd'hui.
Le regroupement de tous les néo-libéraux écrase-t-il toute vie démocratique ?


À ces constats et à ces interpellations, il peut être donné des réponses.

1 – Sur l'abstention massive.
Au-dessus d'un certain taux d'abstentions, (en l'occurence, plus de 50% des inscrits lors des les législatives 2017), on ne peut fermer les yeux sur pareil désaveu. Il ne peut, comme par le passé, être jeté aux oubliettes ! La réponse est à rechercher après la mise au rebut de toutes les analyses rapides et inconsistantes de ce phénomène historique. Nous ne sommes pas aux USA où l'abstention est banalisée ! Quatre pistes, au moins, sont à explorer : l'annulation par la loi de tout scrutin où l'abstention est majoritaire (avec réorganisation d'un nouveau vote), le vote obligatoire, le changement de mode de scrutin, la prise en compte du vote blanc comme suffrage exprimé (avec réorganisation d'un nouveau vote, cette fois encore, si le choix proposé est récusé).

2 – Sur le mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours.
La France et le Royaume-uni recourent au mode de scrutin uninominal majoritaire, à un tour pour les Britanniques, à deux tours pour les Français. La différence est considérable. Au sein de notre pays, il faut avoir une majorité absolue (par rapport aux suffrages exprimés) pour être élu dans le royaume ilien de nos voisins être majoritaire tout court (avec plus ou moins de 50% des suffrages exprimés) suffit. Accepter le relatif est un choix politique et il n'est pas sûr que la France soit, à cet égard, moins monarchiste que les « sujets » de « Sa gracieuse Majesté » !

Nous ferions une erreur d'analyse en affirmant que le succès de la République en Marche est dû au mode de scrutin qui n'en aura été que l'efficace amplificateur. Le « dégagisme plus » a échappé aux mains de ceux qui le prônaient et il est démontré, une fois de plus, qu'avoir raison ne donne pas la victoire. En clair, Jean-Luc Mélenchon et ses proches avaient bien vu que le système politique prenait l'eau et que vouloir sauver du naufrage ceux qui déjà se noyaient ne servirait à rien, mais ce qui a surgi fut autre chose que ce qu'ils avaient été les seuls à prédire : la mise sur la touche des acteurs et soutiens des deux précédents septennats. La « mise à l'essai » du « ni gauche ni droite » (ni PS ni Républicains, – finie l'alternance –), au profit d'un expérimental « et à gauche et à droite » nous réserve de nouvelles surprises, mauvaises et bonnes dans les mois à venir !

La seule opposition véritable se fera dans les médias et dans la rue. Au Parlement, elle sera limitée à celle de la poignée d'élus de la France insoumise ou du PCF qui continueront à exiger la proportionnelle (mais celle qui sera installée par la majorité présidentielle, qui en a reconnu, avec François Bayrou, la nécessité, ne sera pas - si jamais elle vient - celle qu'ils réclament). Encore une déception à venir...

3 – Sur le régime politique français.
Allons-nous retourner à l'Ancien Régime monarchique, l'actuel n'étant pas, aux yeux des nouveaux dirigeants du pays, assez « vertical », ou « jupiterrien ». Il y a de l'anachronisme dans le macronisme. Diriger un pays comme une entreprise avec un chef dont on ne discute pas les décisions est une jeune vieillerie repeinte en neuf mais vermoulue. Il n'est plus qu'un seul parti aux affaires : le parti libéral (c'est ainsi qu'il faut le nommer) aux multiples composantes mais toutes convaincues que l'économie capitaliste est, désormais incontournable et surtout pas remplaçable.

Serons-nous bientôt gouvernés par un « État profond » comme on dit aux USA, un système quasi institutionnalisé dans des agences, services secrets et lobbies souterrains, soumis à l’influence excessive d’entreprises privées qui échappent au contrôle démocratique ?

L'adaptation du régime présidentialiste actuel, ex-gaulliste, mitterrandisé durant 14 ans, n'aura pas besoin d'une nouvelle modification de la constitution. Les anciens présidents, de Pompidou à Hollande, avaient fait fonctionner, plus ou moins bien, la machine politique, mais sans rien créer de politiquement neuf. Le régime « macronisé », ultra centralisé, et davantage présidentiel encore, va vouloir se rendre acceptable et durable. C'est en douceur que, presque subrepticement, si les Français y consentent, le glissement risque de s'opérer, au nom de l'efficacité, de l'emploi et de la croissance. Vieille rengaine. Pari risqué.

4 – Sur la quasi disparition des forces politiques traditionnelles
Plusieurs partis sont partis ! Il y a toujours, dans les manifestations d'un changement radical, des éléments positifs et négatifs mélangés. Ainsi, l'effacement définitif ou provisoire du Parti socialiste est sain : un parti socialiste non socialiste ne pouvait que se ruiner. Les brutales évacuations de personnalités « républicaines » et « socialistes » sont très politiques mais auront surpris les vainqueurs, eux-mêmes. Elles sont, répétons-le, mécaniques et la conséquence des deux quinquennats calamiteux dont les Français ont imputé l'échec aux partis qui mettaient en œuvre les politiques des présidents en échec. On a « sorti les sortants » mais sans risque d'ouvrir la porte à l'extrême droite lourdement défaite, elle aussi. On a « donné sa chance », il faut y insister, à un nouveau président présentable, en soutenant, les yeux fermés, sauf exceptions, tous les candidats pouvant lui garantir une majorité dont on cherche encore la réalité du programme.

N'omettons pas de souligner que la légitimité de La République en marche se trouve, elle aussi, fort réduite. Quoi qu'on nous ait rabâché, le score obtenu par le Président lui-même aux présidentielles fut deux fois minoritaire par rapport au nombre des inscrits (le seul qui compte et vaille) : 18,19% au premier tour et 43,61% au second. De même, pour les législatives, le parti du président n'a obtenu que 13,43% des inscrits au premier tour, ce qui n'interdit pas d'annoncer que, le 18 juin, selon les estimations, peut-être 75% des sièges pourraient être raflés par les inféodés à Emmanuel Macron. Ce qui ne scandalise guère les journalistes et autres commentateurs... Il est vrai que tordre le cou à toute idée de proportionnalité est à la mode en France.



Source : Yoann Ferret


À la vérité, le peuple est plus manipulé qu'aux manettes et le Contrat social, cher à Jean-Jacques Rousseau est bel et bien meurtri, foulé aux pieds. Ainsi nous parle encore Rousseau et ce qu'il dit est fort actuel :
« Sitôt que le service public cesse d’être la principale affaire des Citoyens, et qu’ils aiment mieux servir de leur bourse que de leur personne, l’État est déjà près de sa ruine. Faut-il marcher au combat ? Ils payent des troupes et restent chez eux ; faut-il aller au Conseil ? Ils nomment des Députés et restent chez eux. À force de paresse et d’argent, ils ont enfin des soldats pour asservir la patrie et des représentants pour la vendre.
C’est le tracas du commerce et des arts, c’est l’avide intérêt du gain, c’est la mollesse et l’amour des commodités, qui changent les services personnels en argent. On cède une partie de son profit pour l’augmenter à son aise. Donnez de l’argent, et bientôt vous aurez des fers. Ce mot de finance est un mot d’esclave, il est inconnu dans la Cité. Dans un État vraiment libre les Citoyens font tout avec leurs bras, et rien avec de l’argent : Loin de payer pour s’exempter de leurs devoirs, ils paieraient pour les remplir eux-mêmes. Je suis bien loin des idées communes ; je crois les corvées moins contraires à la liberté que les taxes.
Mieux l’État est constitué, plus les affaires publiques l’emportent sur les privées, dans l’esprit des Citoyens. Il y a même beaucoup moins d’affaires privées, parce que la somme du bonheur commun fournissant une portion plus considérable à celui de chaque individu, il lui en reste moins à chercher dans les soins particuliers. Dans une cité bien conduite, chacun vole aux assemblées ; sous un mauvais Gouvernement, nul n’aime à faire un pas pour s’y rendre, parce que nul ne prend intérêt à ce qui s’y fait, qu’on prévoit que la volonté générale n’y dominera pas, et qu’enfin les soins domestiques absorbent tout. Les bonnes lois en font faire de meilleures, les mauvaises en amènent de pires. Sitôt que quelqu’un dit des affaires de l’État, que m’importe ? on doit compter que l’État est perdu. »
« Sitôt que le service public cesse d’être la principale affaire des Citoyens, et qu’ils aiment mieux servir de leur bourse que de leur personne, l’État est déjà près de sa ruine. Faut-il marcher au combat ? Ils payent des troupes et restent chez eux ; faut-il aller au Conseil ? Ils nomment des Députés et restent chez eux. À force de paresse et d’argent, ils ont enfin des soldats pour asservir la patrie et des représentants pour la vendre.
C’est le tracas du commerce et des arts, c’est l’avide intérêt du gain, c’est la mollesse et l’amour des commodités, qui changent les services personnels en argent. On cède une partie de son profit pour l’augmenter à son aise. Donnez de l’argent, et bientôt vous aurez des fers. Ce mot de finance est un mot d’esclave, il est inconnu dans la Cité. Dans un État vraiment libre les Citoyens font tout avec leurs bras, et rien avec de l’argent : Loin de payer pour s’exempter de leurs devoirs, ils paieraient pour les remplir eux-mêmes. Je suis bien loin des idées communes ; je crois les corvées moins contraires à la liberté que les taxes.
Mieux l’État est constitué, plus les affaires publiques l’emportent sur les privées, dans l’esprit des Citoyens. Il y a même beaucoup moins d’affaires privées, parce que la somme du bonheur commun fournissant une portion plus considérable à celui de chaque individu, il lui en reste moins à chercher dans les soins particuliers. Dans une cité bien conduite, chacun vole aux assemblées ; sous un mauvais Gouvernement, nul n’aime à faire un pas pour s’y rendre, parce que nul ne prend intérêt à ce qui s’y fait, qu’on prévoit que la volonté générale n’y dominera pas, et qu’enfin les soins domestiques absorbent tout. Les bonnes lois en font faire de meilleures, les mauvaises en amènent de pires. Sitôt que quelqu’un dit des affaires de l’État, que m’importe ? on doit compter que l’État est perdu. »
« Sitôt que le service public cesse d’être la principale affaire des Citoyens, et qu’ils aiment mieux servir de leur bourse que de leur personne, l’État est déjà près de sa ruine. Faut-il marcher au combat ? Ils payent des troupes et restent chez eux ; faut-il aller au Conseil ? Ils nomment des Députés et restent chez eux. À force de paresse et d’argent, ils ont enfin des soldats pour asservir la patrie et des représentants pour la vendre.
C’est le tracas du commerce et des arts, c’est l’avide intérêt du gain, c’est la mollesse et l’amour des commodités, qui changent les services personnels en argent. On cède une partie de son profit pour l’augmenter à son aise. Donnez de l’argent, et bientôt vous aurez des fers. Ce mot de finance est un mot d’esclave, il est inconnu dans la Cité. Dans un État vraiment libre les Citoyens font tout avec leurs bras, et rien avec de l’argent : Loin de payer pour s’exempter de leurs devoirs, ils paieraient pour les remplir eux-mêmes. Je suis bien loin des idées communes ; je crois les corvées moins contraires à la liberté que les taxes.
Mieux l’État est constitué, plus les affaires publiques l’emportent sur les privées, dans l’esprit des Citoyens. Il y a même beaucoup moins d’affaires privées, parce que la somme du bonheur commun fournissant une portion plus considérable à celui de chaque individu, il lui en reste moins à chercher dans les soins particuliers. Dans une cité bien conduite, chacun vole aux assemblées ; sous un mauvais Gouvernement, nul n’aime à faire un pas pour s’y rendre, parce que nul ne prend intérêt à ce qui s’y fait, qu’on prévoit que la volonté générale n’y dominera pas, et qu’enfin les soins domestiques absorbent tout. Les bonnes lois en font faire de meilleures, les mauvaises en amènent de pires. 
Sitôt que quelqu’un dit des affaires de l’État, que m’importe ? on doit compter que l’État est perdu. »
Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, 1762, III, 15, GF Flammarion, 2001, p. 133

Ce qui disparaît, avec les partis en déroute, c'est une ambiguïté mais remplacée par une autre : tous les libéraux se retrouvent ou se retrouveront derrière Emmanuel Macron. C'est plus clair. Ceux qui « vont à la soupe » ou qui iront bientôt, ne font que rejoindre, pour parler clair le camp pro-capitaliste.

Les électeurs ayant toujours voté à gauche se sentent orphelins. Les socio-écologistes sont appelés, dès aujourd'hui ou bientôt, à se rapprocher pour constituer la seule opposition crédible et ayant un avenir. Les insoumis et leurs alliés ont aussi à sortir de leurs ambiguïtés : dire mieux pourquoi écologie et libéralisme sont incompatibles ; dire mieux également quelle Europe politique ils récusent et quelle Europe politique ils veulent voir émerger ; dire mieux enfin comment lutter efficacement contre toutes les inégalités au Parlement et ailleurs.

Nous sommes à la recherche de la démocratie. L'énergie qu'elle place en nous vient d'être détournée. Les citoyens ont bougé mais la moitié de ceux qui peuvent voter ( mais ceux qui vivent en France ne le peuvent pas tous !) ont estimé que mieux valait se retirer d'un scrutin-mascarade où n'étaient pas posées les questions pertinentes ni offerts les choix de candidats acceptables. Les autres citoyens, les votants, ont pris un bulletin les yeux quasi fermés. Ils n'ont guère regardé les noms qui y étaient imprimés et s'en sont tenus, le plus souvent, à se mettre « en marche » derrière le parti (car c'en est un !) du président élu.

La démocratie n'en sort pas grandie mais elle n'a pas été totalement inefficace. Des blocages ont sautés mais tout reste à faire si l'on veut que les citoyens interviennent dans les décisions dont leur vie dépend. La démocratie devra déborder du cadre électoral, sinon nous redeviendrons des « soumis », des « obéissants », des « impuissants politiques », tout en laissant les « sans » tout court sous la domination des néo-libéraux désormais aux affaires...

Tout re-commence ! C'est exaltant, mais bien fatiguant... Courage donc.


lundi 12 juin 2017

Abstention record, « dégagisme » sans équivalent, fragilité des résultats.


Les législatives, inséparables des présidentielles


Le point au 12 juin 2017. Note 76 à J-6 du second tour.
par Jean-Pierre Dacheux


Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique jusqu'à la fin de la semaine. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'avec l'analyse de celui des deux tours des législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes les notes précédentes.


Une abstention jamais connue au cours de la Vème République, un « dégagisme » qui frappe y compris des personnalités très implantées, des résultats qui installent une majorité absolue massive et fragile. Rien n'est plus nécessaire et urgent que de comprendre !


1 – L'abstention est devenue la première expression politique du pays.
Quand le total de toutes les abstentions, auxquelles s'ajoute le vote blanc, dépasse le nombre des votants, il est prioritaire de s'interroger sur la validité d'un vote globalement minoritaire !
23 170 977 d'électeurs ont voté (48,71% des inscrits). 22 654 998 suffrages ont été exprimés (47,62% des Inscrits). Ce qui signifie que 353 883 électeurs ont voté blanc (0,74% des inscrits) et que 162 096 électeurs ont, volontairement ou non, rendu leur bulletin nul (0,34% des inscrits). Finalement, l'abstention représente 51,29% des inscrits, soit, avec les blancs et nuls : 51,29% + 0,74% + 0,34% = 52,37% des inscrits !
Quelle est la signification de ce « non-choix » inédit qui constitue la première information politique de ce scrutin du 11 juin ? Les déçus des présidentielles, pèsent dans cette abstention mais ce n'est ni la seule ni la principale cause de ce reflux. La proximité des législatives juste après les présidentielles donne à penser que les législatives n'en sont que la conséquence ou le prolongement inévitables mais de moindre intérêt. Et, de fait, la politique se fait à l'Élysée et peu au Parlement dans le cadre des institutions actuelles. Le gouvernement a commencé à agir avant que les Français ne soient reconsultés. Aux yeux de tous « la messe était dite » : inutile de se déplacer !
D'autres considérations sont à prendre en compte : le mode de scrutin, en France, limite ou interdit la diversité politique. Il est presque ridicule que 7882 candidats se soient présentés, en tout, dans les 577 circonscriptions (dont 539 pour la métropole, 27 pour l'outre-mer et 11 pour représenter les Français établis à l'étranger. Il y a eu jusque 27 candidats dans certaines circonscription, (en moyenne 14 candidats par circonscription)! Cette pléthore s'est trouvée brutalement ramenée à une bipolarité impitoyable du fait que les deux candidats arrivés en tête sont seuls autorisés à se présenter au second tour. Il n'y aura qu'une seule triangulaire (dans la première circonscription de l'Aube), contre 34 en 2012, l'abstention n'ayant pas permis que soit franchie, ailleurs, la barre des 12,5 % des inscrits.
Autre grave échec de cette élection législative : la parité progresse peu. Le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE) dénonce un taux de 42,4% de femmes investies (3 344 candidates). C'est mieux qu'en 2012 (40%) et en 2007 (41,6%) mais ce n'est pas encore les 50%, ce qui est pourtant prévu dans la loi.
En résumé les législatives 2017 n'amélioreront pas la pratique démocratique. Le déséquilibre entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif se maintient et s'accentue. L'absence de proportionnelle bloque toutes les entrées de minorités politiques au sein de l'Assemblée nationale.

2 – Le « dégagisme » n'est plus une exigence de remplacement des incapables et des corrompus, c'est une mécanique.
L'application de la loi sur le non-cumul des mandats a entrainé la décision de 216 députés sortants de ne pas briguer un nouveau mandat de parlementaire. Le vote du 11 juin a fortement augmenté le nombre des départs. Ce ne sont plus seulement des personnes qui sont dégagées mais des partis tout entiers dont les effectifs ont fondu.
Il suffit de relever, dans les résultats publiés par le ministère de l'intérieur que seule La république en marche dépasse les 10% des inscrits ( 6 390 871 voix soit 13,43% des inscrits ou 28,21% des votants) et que ne s'élèvent au-dessus de la barre des 5% des inscrits que Les Républicains (7,51% ou 15,77% des votants), Le Front National (6,29% ou 13 ,20% des votants) et La France insoumise (5,25% ou11,02% des votants.

Il s'ensuit que le PS est, à peu d'exceptions près, éliminé ou en mauvaise posture pour le second tour. Le FN n'obtiendra pas de quoi constituer un groupe parlementaire. Les Républicains résistent mais perdent un nombre important de sièges du fait que La République en marche pourrait dépasser les 400 députés et ne laisse guère de places à des concurrents quels qu'ils soient ! La France insoumise, partie de rien, ne peut qu'obtenir quelques succès mais sans commune mesure avec ses espérances.
La loi électorale contient les moyens de « dégager » les adversaires de la majorité présidentielle, mais jamais elle n'avait pu, à ce point, exercer toute sa rigueur.
On trouvera, dans la presse, la liste, impressionnante, de toutes les personnalités, voire des célébrités d'hier, « dégagées » impitoyablement, mais là n'est pas l'essentiel. La politique se passe du culte de la vedette. C'est l'arrivée de nouvelles têtes qui va vite faire problème. Trop nombreux, trop inexpérimentés, trop divers dans leurs positionnements, les députés macroniens vont avoir du mal à construire leur unité. Le « dégagisme » ne fait pas que dégager le terrain, il oblige à le réoccuper avec intelligence et compétence, en prenant le temps qu'il faut. C'est un challenge qui, cette fois, ne sera pas facile à gagner.


3 – Le succès électoral est fragile et instable.
On compte trop, dans les sphères du pouvoir, sur la solidité des institutions. Rien ne résiste à de graves et multiples tensions politiques. Or plusieurs s'annoncent qu'une majorité d'élus ne suffira pas à surmonter.
Légiférer par ordonnances et notamment pour modifier le code du travail ne passera pas comme lettre à la poste.

Sortir de l'état d'urgence en le pérennisant par le vote de lois introduites dans le droit commun ne s'effectuera pas sans résistances.

Lutter contre le réchauffement climatique requiert plus que des déclarations ministérielles, fussent-elles celles de Nicolas Hulot qui n'est pas entouré de collègues tous prêts à le suivre. Elle exige l'adhésion et la participation de tous.

Améliorer le niveau scolaire des élèves en difficulté ne tient pas à la réouverture du doublement des classes

Participer à la négociation d'un traité pour l'interdiction des armes nucléaires, préparé à l'ONU, prêt à passer devant l'Assemblée Générale en juillet 2017, est refusé, jusqu'à présent, par la France. Pourquoi cet isolement ? Va-t-il durer ? Est-ce l'affaire des seuls dirigeants des neuf États dotés de ces armes ?

Plus généralement, les citoyens doivent-ils s'en remettre en tout à des élus souvent pas mieux informés qu'eux ? Une décision politique est réellement légitime lorsqu’elle procède de la délibération publique de citoyens égaux. Par rapport à la démocratie participative, la démocratie délibérative met l’accent sur l’exigence de débats argumentés entre les Citoyens. Le gouvernement peut-il s'y opposer ?


Ce que le premier tour de l'élection législative révèle, c'est que le « chamboule-tout » du personnel politique ne suffit pas. Un chamboule-tout intellectuel, philosophique et politique, dans une société en pleine mutation, s'impose et ne pas s'y engager serait générer des frustrations donc des violences. Un peuple qui n'est appelé qu'à voter (et encore dans des conditions qui bipolarisent ou, pire, uniformisent le débat public) ne peut que se retirer de ce qui devient une simple apparence de démocratie. L'abstention massive trouve là aussi une de ses explications.